Congrès EuroPiano France 2015 à Colmar. Le renouveau du piano & l'exposition Marie Jaëll, au coeur de la facture instrumentale.

D'Anton Walter à Pleyel,

de Gustave Lyon à Stephen Paulello

En cette fin de mois d'avril 2015, évènement annuel de notre profession rassemblant pendant trois jours des accordeurs de pianos venus de toute la France, mais aussi de Genève, de Montréal, de Barcelone et de Madrid, de nombreuses interventions ont eu lieu.

Benjamin Renoux a présenté sa copie de piano forte Anton Walter, et cet univers a été développé avec Christopher Clarke.

Un des tout derniers pianos de Stephen Paulello a été présenté lors de ce congrès en Alsace. La présentation de cet instrument unique et surtout de ceux à venir marquent un tournant. Quinze années de recherches ont permis cette évolution inédite et visant la perfection dans la façon de concevoir un piano. Bouleversement dans l’univers musical, un grand pas pour la facture instrumentale. De nombreux travaux ont été effectués et progressent toujours dans les laboratoires d'acoustique de polytechnique (IMS), le LVA de l'INSA, l'UME de l'ENSTA de Lyon, le MSA (matériaux et structures architecturés)  ou laboratoire NAVIER de l'école nationale des ponts et chaussées.

L'ambition est donnée et déjà concrétisée : "imaginer un nouveau paradigme pour initier une nouvelle ère".

Dans un but ultime de perfectionnement musical et acoustique, Stephen Paulello après plus de vingt ans de recherches et de facture de pianos d'exception, poursuit une remise en cause méthodique des fondements de procédés de conception des pianos. Depuis plus d'un siècle, l'univers du piano est pensé avec des critères assez similaires. Stephen Paulello s'inscrit à contre courant d'une facture instrumentale comme figée, faussée et inchangée depuis plus de 130 ans et qui selon lui, après une brillante démonstration au raisonnement scientifique et historique, s'est fourvoyée dans un "traquenard" : "pour le choix des cordes croisées, la facture instrumentale s'est engagée dans un traquenard, depuis plus d'un siècle. C'est un mythe que de dire que les cordes croisées donnent au piano un plan de cordes plus long". Stephen Paulello est revenu sur tout un festival d'idées reçues qui persistent depuis la fin du XIXème siècle.

La dernière commande de piano Paulello de concert va être livrée prochainement dans " l'une des trois plus belles salles de concert du monde ", le Musikverein de Vienne, Haus des Wiener Musikvereins.

Voici quelques aspects des nouvelles conceptions des pianos Paulello en cours et à venir :

  • Cordes Paulello
  • Piano de 102 notes
  • Table d'harmonie sans charge
  • Assemblages novateurs, modélisations, réalisations
  • Agrafes de chevalet (15 années de recherches)
  • Fin des crémaillères de chevalet
  • Cordes dans une situation de contact permanent
  • Recherches en laboratoires d'acoustique à la pointe
  • Choix d'un plan de cordes parallèles pour l'Opus 102
  • Nouvelle mécanique, moins de pertes d'inertie
  • Pas de pertes vibratoires des joints d'assemblage
  • Cadre de l'opus 102 sans entretoises (pureté du son)
  • Cadre fraisé numériquement à Weimar
  • Un véritable "work in progress" depuis plus de 20 ans

 

Paul-Etienne Berlioz a acquis récemment un piano Paulello et l'a transporté au Congrès de Colmar, témoignage unique du grand renouveau de la facture instrumentale du piano ! "Avant-gardistes par les recherches et l'inventivité qu'ils recèlent, rares par leur niveau d'accomplissement, prodigieux par l'intensité musicale qu'ils dégagent, les pianos Stephen Paulello célèbrent la musique et les musiciens. Ils voient le jour dans l'intimité d'un atelier laboratoire où tout est voué à leur donner une âme."

L’exposition Marie Jaëll a permis de retracer la vie de cette alsacienne musicienne, chercheur, pédagogue, compositeur, liée d’amitié avec un des plus grands noms de la facture instrumentale de l’époque, Gustave Lyon, pendant des décennies qui ont été un véritable âge d’or du piano …

Mot d'accueil et de présentation pour notre congrès annuel.

 

Congrès Europiano France, Colmar, le 26 avril 2015

 

 

Collègue, ami, confrère,

 

Bienvenue en Alsace ! Regarde bien autour de toi, car, sur un ton familier, nous nous retrouvons bien entendu en famille, mais en prime, te voilà de retour au bercail, dans ce berceau où se sont écrites quelques illustres pages de la facture instrumentale qui poursuit sa voie !

Au cœur de terroirs fabuleux, là à Colmar, à quelques lieues d’illustres vallées, non loin de Munster et des châteaux d’Alsace, te voilà venu te rassasier dans ce pays de clichés. A un battement d’aile de cigogne des images d’Epinal, plaisirs de la table, tout un pays de bières et de vins, cerisiers, groseilles, raisins, choux se chamaillent la terre, et au beau milieu de ce pays de Bacchus, les sept péchés capitaux locaux si bien exportés, les sept cépages alsaciens, sont choyés ! Facile écho à ces richesses du sol, là, si d’aventure tu portes ton regard plus loin, non loin des forêts d’épicéas des Vosges et de celles de la forêt Noire qui nous rapprochent déjà un peu plus des mythiques forêts de Bohème d’où tant  d’instruments puisent leurs bois de table, leurs vibrations et leur chant, il y a la diversité de la facture instrumentale, une grande expression qui s’est transmise ici de génération en génération, depuis des siècles. S’y évertuent toujours des énergies qui s’illustrent.

 

L’EXPOSITION MARIE JAELL : INTERLUDES AUX INTERVENTIONS DE CE CONGRES

 

Prêtée par la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg (seconde bibliothèque de France après la BNF François Mitterrand), cette exposition est venue jusqu’à toi comme une invitation à découvrir ou re-découvrir Marie Jaëll (1846-1925), grande adepte de la facture instrumentale.

Ces panneaux d’exposition ont un souhait, la mise en valeur patrimoniale d’un des nombreux talents d’Alsace, et cela sous le signe de la facture instrumentale, de son idéal de diversité, de son renouveau.

Une pianiste, ici, comme c’est curieux ? Marie Jaëll, invitée d’honneur d’un congrès de techniciens de pianos ! Outrage ? Hommage ! Et clin d’œil de l’Alsace, d’une alsacienne qui fait encore couler beaucoup d’encre ! Mais où sommes-nous ? Dans un haut lieu de la facture : d’orgues, des Silbermann, mais aussi et surtout, dans les pas d’Ignace et de son fils Camille Pleyel né à Strasbourg, des Prestel aussi, bien des trajectoires de familles qui comme Erard, se sont épanouies au départ en Alsace !

Certains d’entre nous seront choqués, tels des chirurgiens des forces vibratoires qui parfois se concentrent intensément sur les problématiques des corps, sur la physique, sur la seule pathologie, tout en ignorant volontairement le reste.

Gustave Lyon (1857-1936), nom illustre de la facture instrumentale, pionnier dans de nombreux domaines, à la légendaire ouverture d’esprit, s’est autant intéressé au piano qu’à l’être (recherches hospitalières sur l’hystérie). Il n’aurait pas boudé cette Marie Jaëll. Gustave Lyon, gendre d’Auguste Wolff, polytechnicien sorti de l’Ecole des Mines, notre illustre « ancêtre » a mis toutes ses qualités au service du piano pour porter le nom de Pleyel au firmament de la facture du piano comme le souligne Jean-Jacques Trinques dans un de ses ouvrages, Le piano Pleyel, d’un millénaire à l’autre.

Il aurait aimé tomber, à ces vues de Marie Jaëll, sur ces panneaux d’expo ; sans doute aurait-il acquiescé pouce levé pour qu’elle soit au beau milieu de nous. Marie Jaëll, elle qui a développé cette kyrielle de talents, à la fois compositrice, pédagogue, chercheur, écrivain. Son œuvre en a passionné plus d’un et reste encore à découvrir. Avec son mari Alfred Jaëll, ils ont formé un couple de pianistes à sillonner l’Europe, familiers de Franz Liszt et de Johannes Brahms.

 

Mais que diable vient faire Gustave dans cette affaire ? Il y a de beaux tempéraments qui s’accordent ! Gustave Lyon et Marie Jaëll, tous deux assoiffés d’un même idéal, acoustique, musical, instrumental … ont en réalité entretenu en plus d’une amitié, toute une correspondance.

Nul doute, Marie Jaëll saluerait tout autant la présence de Gustave Lyon, éternelle éprise de facture instrumentale. Les lignes qui suivent en sont un vibrant hommage. A faire resurgir le passé, imaginons-les avec nous, car comme beaucoup d’autres qu’il ne sera pas possible d’évoquer malgré un souhait d’exhaustivité, ils gardent toute leur place avec nous.

Extrait de la correspondance de Marie Jaëll à Gustave Lyon, lignes inédites des archives consultées récemment en salle du patrimoine de la BNU de Strasbourg. Cette lettre serait datée du 12 janvier 1917, il n’y a pas ou peu de ponctuation, comme un signe de la fluidité de la pensée nocturne :

« Savez-vous bien que cette nuit j’étais longtemps éveillée pensant à vos instruments et à vous qui en dirigiez le caractère dans des directions différentes comme si vous vouliez l’adapter à différentes personnalités artistiques. La légèreté extrême du clavier et le timbre ont une connexité incontestable. La facilité extrême des claviers donne la faculté des nuances fugitives dans la vitesse qui sont incontestables mais elle donne aussi l’art d’écouter le son jusqu’à une limite où le piano moderne se confond presque avec le clavecin.

Ce sont vos instruments avec leur timbre ennobli qui forment la conquête de notre conscience moderne, qu’ils se sont développés parallèlement avec elle.

C’est avec nos yeux d’aujourd’hui que nous regardons rétrospectivement les œuvres d’art du passé, c’est avec nos oreilles d’aujourd’hui que nous devons écouter les œuvres musicales du passé et nos instruments nous appartiennent autant que nos yeux et nos oreilles : ils sont notre aspiration  (à fournir) vers le beau sous une forme élargie à laquelle les grands penseurs qui ont joué du piano ont autant contribué que les grands constructeurs qui ont fabriqué les pianos. »

 

Bon Congrès EuroPiano France 2015 !

                                                                            Jean-Baptiste Boussion

Remerciements à Marie, ma compagne, à Monsieur Claude Lorentz, responsable de la valorisation des collections patrimoniales de la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg, Monsieur Daniel Bornemann chargé des collections et de la réserve, Monsieur Frédéric Blin, directeur de la conservation et du patrimoine, Marie-Laure Ingelaere, pour les recherches et conseils de cotes, présidente de l’Association Marie-Jaëll ; la Mairie de Turckheim, le service culturel et Madame Piasi, Monsieur Dominique Kretz, responsable des services techniques, la Mairie de Colmar et son service culturel, Monsieur Bruno Peraud des relations publiques, Monsieur Denis Nebold, Madame Braun, Bernard Thomas, Alexandre Braiek, Maël Robichon, Marie Arman, Luc Guiot, Benjamin Renoux, et toute l’équipe d’EuroPiano France.

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© Le Comptoir du Piano 2018. Conception : Jean-Baptiste Boussion Technicien Accordeur de Pianos, Réglages, Réparations. Conseils en Location de Pianos de Concert et Transports. contact@lecomptoirdupiano.com 06 80 30 30 40

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