Un Congrès EuroPiano France en Arles.

Beaucoup d’innovations pour les 50 ans d’Europiano France !

       Chopin, ce polonais-français dit « l’italien » pour son goût du bel canto, européen avant l’heure, chérissait notre profession, et il aurait été aux anges s’il avait pu participer à ce nouveau congrès ! Nous tous, nomades aventuriers arrivés dans la capitale de la Camargue, n’avons pas été déçus du voyage. Un demi-siècle d’aventures dans la facture instrumentale se sont ouvertes à nous, la grande odyssée !

       Cinquante années fêtées en congrès, en Arles et en grande assemblée. Congrès haut en couleurs, plein d’harmonies, de saveurs, dans ce pays de Van Gogh ici subjugué, pays de lumières, de couleurs, pays symbole de quasi éternité aussi, véritable bain de jouvence où s’est rendue chaque jour notre célèbre arlésienne, Jeanne Calment ; Europiano, à côté, garde son peps et fait figure de jeunette !

        Echanges, partages, temps privilégiés d’expression de notre profession, regards croisés, évolutions, nouveautés, voilà un peu le grand pêle-mêle de ces trois jours de rencontres techniques 2014.

       Venus de tous horizons, de toute la France, du Havre à Marseille, de Lille à Foix, du Finistère à l’Alsace, et hors de nos frontières, de Barcelone et du Québec. Plus de deux cents oreilles de pèlerins du piano dressées en communion de pensée pour ce jubilé placé sous le signe de l’audace.

       Temps forts en salle des congrès de l’hôtel Plaza, ponctués de voyages culinaires, en « Caravelle » ou en « Péniche », tableaux gourmands relevés de sels de Camargue et de rosés de Provence, avec modération ! Poissons du Rhône engloutis, sur nos tablées généreuses, pas de Red-Bull, mais que du taureau bio, au rythme des férias et des corridas, passé-trépassé dans les arènes, jusqu’à nos assiettes, pour nous donner la niaque ! Olé !

       Arles, un congrès riche en contrastes, en projets et en idées renouvelées : des apprentis aguerris aux maîtres de la profession, du piano girafe cadre aluminium de soixante-dix kilos au piano à une toute autre esthétique et facture innovante, revisitée, chamboulée, le piano à double clavier. Il y a au beau milieu de cet océan de vécus professionnels, tout un univers contrasté de pensées et de pratiques ici exprimées. Et nous reviendrons un peu plus sur certaines d’entre elles.

       Un congrès captivant. Telle une machine à voyager dans le temps,  le congrès nous a plongés dans le passé en s’ouvrant un peu sur notre violon d’Ingres à tous, regretté, les archives émouvantes des usines Pleyel … film présenté par Marie-Brigitte Duvernoy.

       Un congrès déboussolant ! Un congrès au carrefour des chemins et des routes, réunion de jeunes loups et de vieux loups des mers tout à la fois, ouverture confirmée depuis le congrès de Lille 2013. Tous ces retours d’expériences partagés sont toujours fructueux, que ce soit au congrès annuel ou dans le cadre des formations continues proposées par Europiano et orchestrées par Patrick Annett et Luc Guiot.

       Un exemple éloquent, l’exposé de Marcel Lapointe, « l’ange gardien du piano », technicien de concert établi à L’Ange Gardien (Québec) depuis plus de quarante ans, membre de la Piano Technicians Guild. Ce dernier a piqué la curiosité de ceux d’entre nous qui n’ont pas encore adopté l’accordeur électronique. Car cet instrument, et en particulier le Reyburn Cyber Tuner, est un outil efficace dans notre travail. En l’associant à des protections d’oreille de 12db et de type ETY Plugs, il nous accorde des gains de temps, favorise une économie des tensions musculaires, nous préserve des bruits irritants. Il garde toujours une perception implacable (1/100ème de demi ton dans les années soixante  et 1/2000ème  aujourd’hui). En toutes circonstances, il peut nous sauver dans un contexte de bruit et d’urgence mais aussi lors de problèmes « oto-rhino-féroces », il s’impose comme un support de travail précieux. Le logiciel garde en mémoire les accords des pianos entretenus et plus de soixante tempéraments historiques. Il se concentre sur l’écoute de vingt-quatre harmoniques et établit des coïncidences : cela correspond en langage informatique à plus de dix-sept pages de calculs et de développements. Marcel Lapointe va encore au-delà, avec sa pratique et maîtrise de « l’accord moléculaire » qu’il a pu présenter davantage quelques jours après, lors d’une formation proposée par Europiano.

       Nouveautés dont le livre fraîchement sorti des presses Piano e forte traduit par Marc Valdeyron (deux années de travaux), Un piano dans la peau, de Perri Knize. Livre qui se lit comme un thriller du piano, roman initiatique, tel un road-movie, il va bien au-delà du domaine de l’accord. Marcel Lapointe l’avait déjà dévoré à l’époque lors de sa sortie en anglais, Grand Obsession. Ce roman est inspiré d’une histoire vraie qui aborde bien des aspects dont l’harmonisation, la recherche d’une voix perdue, l’esthétique, le timbre d’un instrument de bonne facture. Pour trouver le livre : www.pianoeforte-editions.fr

       Problématiques passées et à venir, dont celle des différents types de têtes feutrées de marteaux (évolutions, bouleversements, en partant des recherches de Christopher Clarke, aux têtes actuelles).

Et de la laine dont on fabrique nos marteaux, le pays d’Arles n’en manque pas. En ce haut lieu d’élevage,  notre joyeux troupeau s’en allant pâturer a croisé la coopérative du syndicat des éleveurs du mérinos d’Arles.  

       Autres sujets clés, la gestion d’un parc instrumental et d’une base de données adéquate, présentés par Simon Paupier, les hommages pleins de tact de Jean Morfin, les perspectives à l’international et ouvertures « diplomatiques » de la formation, présentées par Patrick Sinigaglia.

       L’association des fans d’Erard, dans les pas historiques des amoureux de la première heure dont Franz Liszt, Felix Mendelssohn, Gabriel Fauré, ou Maurice Ravel, travaillent à la sauvegarde de ces pianos.

     Jean-Baptiste Fourchet nous a présenté les approches comparées de l’apprentissage du piano et de celui de l’accord, du travail de l’interprète et de celui de technicien, avec des enjeux de physiologie développés régulièrement dans la revue Médecine des Arts. Et sans un bon outil, il n’y a pas de bonne ergonomie dans notre travail : le fabricant d’outils Jahn a esquissé une rétrospective de son entreprise familiale.

Dans le cadre de la sortie du livre Les 100 pianos de Limoux, Jean-Claude Battault, Jean-Jacques Trinques, Xavier Bontemps ont évoqué les projets toujours croissants autour du Musée du piano.

Pascal Herpin a aussi proposé le prêt de son exposition autour du piano, sous forme de panneaux, aux collègues souhaitant sensibiliser divers publics.

Projet de bande dessinée sur le piano et nouveaux supports Europiano développés par Bertille de Clerq ...

 

 

       Centrifugeuse de techniciens qui trouvent là un lieu d’expression idéal, le congrès a accordé une tribune aux talents d’aujourd’hui.

Luigi Borgato nous a présenté son prestigieux piano à pédalier de trois octaves du La au La (2,82 mètres de long, 650 kilos dont 220 kilos de cadre, 25 tonnes de tension) et donné à entendre dans le concerto de Gounod, et aussi joué par l’atypique Cameron Carpenter.

Depuis 1991, les quatre employés de son atelier réalisent chaque année trois pianos de haute volée et de haute couture : Borgato coud lui-même ses étouffoirs, pour tous les chœurs à quatre cordes des médiums aux aigus, car ils n’existent nulle part ailleurs. Evocation de bon ton en Arles, pays natal de Christian Lacroix ! Clin d’œil de l’histoire, le grand maître du quatuor, Beethoven, dans sa maison natale de Bonn, appréciait déjà sur son piano ces fameux chœurs de quatre cordes.

       Une tribune aussi pour les talents de demain, avènement d’esprits créatifs et de sensibilités innovantes dont les convictions balancent entre tradition et modernité.

Des pianos audacieux prennent le contrepied de leurs frères encombrants, jugés trop sonores et trop lourds. La fonte et l’aluminium s’entrechoquent en Arles, dont l’histoire trouve ses racines à l’âge du Fer. Là, tout un ordre établi vacille, depuis l’inébranlable Alpheus Babcock qui a lancé avec brio le cadre en fonte breveté en 1825. Les pianos légers de Frédéric Desplats ne manquent pas d’inventivité. Nous avons pu découvrir son piano girafe de seulement soixante kilos cette année, son droit l’an dernier, et l’an prochain à Colmar, nous espérons découvrir son piano à queue de moins de cent kilos. Comptez deux mille heures pour réaliser un exemplaire.

       Un piano peut en cacher un autre. Arrive l’aigle à deux têtes, le fameux piano double que commandaient princes et princesses, mais là, panache oblige, l’ambitus est élargi. Le clavier atteint ce graal des cent huit touches pour monter jusqu’au Si. Cette extension du clavier s’inspire, entre autres, des pianos Stuart australiens de 102 touches dont les aigus sont « étonnants », élargissement permis par l’acier XM Stephen Paulello (depuis 1996) d’une forte résistance à la traction, conçu spécifiquement « pour ceux qui doivent résoudre un problème de cordes qui cassent dans les aigus ou de cordes filées sur-sollicitées dans les graves ». L’avant-gardiste Stéphane Delplace a déjà composé pour un clavier de cent huit touches. Voilà un appel supplémentaire pour réaliser un jour ce projet audacieux et révolutionnaire en quête de solides mécènes.

Ce piano, repensé et modélisé sur Solidworks par un grand fugitif bien déclaré devant l’accord et visionnaire de nouveaux procedés de réglages balaye d’un coup de nombreux standards actuels, les reléguant volontiers à l’ère « préhistorique ». Paul Corbin, Obélix du piano, est tombé dedans tout petit. La facture, c’est sa potion magique. Vingt et un ans, ni braies, ni moustache, plein d’étoiles dans la tête, des idées qui fusent et filent bon train. Attendus aussi par toute la profession, et avec impatience, les récits de l’un des fameux double-claviers de Pleyel, qui a appartenu à un sultan : une autre tranche d’odyssée, à suivre !

       Merci unanime à toute l’équipe d’Europiano, aux passionnés de toujours, à ses membres d’honneurs, dont Louis Sinigaglia, certains de ses créateurs présents pour l’occasion à son jeune ancien et dévoué président Jean Morfin (la présidence s’est transformée en deux vices présidents à l’issue de l’assemblée générale), à Marie Arman pour l’organisation, la coordination des festivités, les sacoches surprises des congressistes, les heureux choix de tablées festives, proches des arènes ou même sur le Rhône, la visite guidée de la vieille ville. Merci à tous pour ces temps de partages uniques, pour ce grand rendez-vous annuel à ne manquer sous aucun prétexte !

       Après ce congrès convivial, indispensable pour les insatiables curieux que nous sommes, après les succès crescendo ad libitum depuis les congrès-tremplins de Lille et d’Arles, nous attendons avec impatience la prochaine édition qui réserve bien des surprises et qui se déroulera en Alsace.

       L’Alsace est notre grand berceau, celui de la facture instrumentale  du piano français. Pour certains, ce mot sera certes réducteur, mais vrai. Ce pays a vu grandir, s’épanouir, nos facteurs de piano d’exception, dont Sébastien Erard, mais aussi Ignace Pleyel, élève et ami de Haydn, qui a été maître de la musique de la cathédrale de Strasbourg, et son fils Camille (né dans cette même ville), ami de Chopin ! 250 ans d’aventures ! Tous à Colmar !

                                                                   Jean-Baptiste Boussion

                                                                               

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